Le roman de Silvia Ricci Lempen évoque cinq figures de femmes qui traversent tout le XXe siècle. Federica, Sabine, Gabrielle, Clara et Anna, tour à tour héroïnes de ce roman, témoignent de la difficulté d’être femme, des préjugés et des injustices qui leur sont faites. Ces destins tissés et entrecroisés rappellent combien les problèmes liés à la maternité, à l’homosexualité et plus généralement à l’inégalité, ont pesé sur leur vie.
Avec une maîtrise remarquable et un rare bonheur, Silvia Ricci Lempen inscrit cette saga dans le temps et dans l’Histoire. Elle aborde les problèmes auxquels les femmes sont confrontées avec sensibilité, mais n’oublie pas pour autant des thèmes essentiels de notre société comme ceux de la violence (événements de Plainpalais en 1932), de la violence faite aux femmes, du rôle de la religion ou encore de la question de l’immigration. Elle n’oublie pas non plus de donner une place aux hommes et la figure du mari d’Anna leur rend justice. Le roman s’ingénie, par sa construction si subtilement menée, à donner un tableau complet des catégories sociales.
Par la création de figures féminines si différentes les unes des autres, ce roman rappelle les techniques narratives d’Alice Rivaz dans Comme le Sable et le Creux de la vague. En créant ce couple d’Anna et de Raffaele, Silvia Ricci Lempen en est bien l’héritière qui évoquait dans La Paix des ruches, au travers d’une citation de Rilke, la vision d’un couple fondé sur l’amour et l’égalité. Enfin son style d’une grande fluidité et la poésie qui se dégage des descriptions en font un roman particulièrement réussi.